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>>Histoire du système éducatif par Antoine Prost une fiche rédigée par Daniel.Les annexes et commentaires du livre d’Antoine Prost.
ANNEXES ET COMMENTAIRES ANNEES 1880/1890 : L’époque de Jules FERRY se caractérise par la volonté de former des individus capables de penser par eux-mêmes et de se déterminer de façon autonome, pour fonder une société moderne, affranchie de l’ignorance et des liens serviles de dépendance ; c’est à dire une société de citoyens égaux en droits et en dignité, bref une République. Ceci implique donc la gratuité, l’obligation de scolarisation et enfin la laïcité. Cependant, ce projet alors audacieux, ne pose pas les problèmes aujourd’hui bien connus de sélection et d’échec scolaires. L’ambition de l’EP est très grande en ce qui concerne ses méthodes, programmes et pédagogie car pour beaucoup d’enfants, l’EP demeurait la seule école qu’il soit possible de fréquenter. Il faut donc éduquer l’enfant pour sa vie entière. Il s’agit donc de codifier l’organisation de l’ EP en trois cours distincts : les cours élémentaires, moyens et supérieurs. On est alors encore loin de l’idée qu’il fût souhaitable de changer de classe chaque année. C’est à cette même époque que l’on va mettre en place les EPS et EMA mais également les CC. Après l’obtention du certificat d’études de l’EP, les élèves (la masse laborieuse) ont alors deux choix qui s’offrent à eux ; ils peuvent rejoindre (pour les meilleurs d’entre eux) le primaire supérieur avec les EPS et EMA, rejoindre (pour un premier reste) les CC, ou bien encore (pour la majorité) rejoindre le monde du travail.
On cherche alors à former les enfants pour répondre aux désirs d’une petite bourgeoisie montante pour qui le primaire est insuffisant mais le secondaire déjà trop poussé. Durant cette période et déjà avant, existe à côté de l’enseignement primaire (pour la masse) l’enseignement secondaire (pour l’élite) qui est coûteux. Ses petites classes se divisent en 5 niveaux, à savoir 11è, 10è, 9è, 8è et 7è. L’élève qui franchit le niveau des petites classes passe alors au lycée, il y poursuivra toutes ses classes jusqu’en terminale pour y passer le BAC. (Examen qui se passe alors en deux parties, une 1ère partie à la fin de la classe de 1ère et une 2nde partie à la fin de la classe de terminale.) L’enseignement secondaire est de qualité, diffusé par un corps spécial d’enseignants et bien évidemment trop coûteux pour les enfants du peuple. ANNEES 1920/1930 La conception du dualisme des petites écoles est très critiquée à la fin de la 1ère guerre mondiale. On commence à aborder le thème de l’école unique. Quelques mesures tentent d’intégrer les petites classes des lycées aux écoles primaires (non sans résistance) mais rien n’est fait pour les supprimer. (Quand l’enseignement secondaire deviendra gratuit, ces petites classes subsisteront mais resteront payantes ; plus que jamais réservées à l’élite.) Quelques problèmes apparaissent à la fin des années 1920. En effet l’évolution démographique fait chuter le nombre d’élèves entrant en 6ème (classes creuses de 1914/18), ce qui pose un réel problème de survie aux établissements secondaires particulièrement comme les lycées et collèges (établissements à statut municipal moins prestigieux que les lycées). Ce sont en général des établissements de moins de 500 élèves avec de petites classes. Ils vont donc être contraints de réduire leurs exigences sur le niveau scolaire des nouveaux élèves pour pouvoir totaliser des effectifs « décents ». L’exemple de l’académie de Caen est tout à fait éclairant puisque l’on acceptera des élèves ayant des moyennes de 7/20. Dans le même temps, les EPS enregistrent une baisse moins sensible de leurs effectifs ; des collèges vont alors s’adjoindre ou s’associer avec une EPS, c’est ce que l’on a appelé l’amalgame. Dans ces circonstances les professeurs des lycées (agrégés) protestent en parlant de concurrence déloyale, accusant les instituteurs de garder pour eux les bons élèves. Ils n’avaient pas entièrement tort… A partir de 1930 et dans les années qui suivent, la concurrence entre les EPS et le secondaire est moins rude car les effectifs augmentent à nouveau. De plus, les classes du 1er cycle des lycées deviennent gratuites en 1930. Les lycées et collèges enregistrent alors une vive croissance de leurs effectifs durant les années 30 avec 101000 individus en 1929 pour 200000 en 1939. Dans le même temps, les EPS passent de 76000 individus à 105000 et les CC de 61600 à 124400. Mais pour 4 années d’enseignement seulement, l’effectif du primaire supérieur est bien plus élevé que celui des lycées (allant pourtant des petites classes aux CPGE). Que l’on ne s’y trompe pas, ce sont essentiellement les enfants de la bourgeoisie qui accèdent au secondaire ; pour la masse, l’EP reste la seule école en dépit de l’arrêté du 11 avril 1938 (J. ZAY) qui impose un strict parallélisme entre les EPS et le 1er cycle des lycées, les passerelles instituées par l’arrêté n’étant destinées qu’à un bien petit nombre. Dans les années 30, les EPS sont très recherchées comme leur taux de croissance ne le montre pas (seulement 38% quand les autres doublent). C’est aux restrictions budgétaires (freinant l’ouverture de nouvelles classes) qu’il faut attribuer cette trop faible croissance. Certaines EPS sont obligées de refuser des élèves, voire d’installer un concours d’entrée comme à Marseille en 1935 par exemple. On ne peut donc que constater cette forte demande de scolarisation de type « primaire supérieur » (car les parents de milieu modeste hésitent à lancer leurs enfants dans une scolarité longue dont ils ne voient que mal ce qu’elle pourrait apporter). Le problème central de l’enseignement français, un demi-siècle plus tard, est d’avoir répondu à cette demande par une offre de type « secondaire ». ANNEES 1940/50 : La réforme CARCOPINO de 1941 transforme les EPS en collège moderne et les intègre de fait à l’enseignement secondaire. Il s’agit en réalité pour le ministre de l’époque de lutter contre la concurrence des EPS vis à vis du 1er cycle de l’ enseignement secondaire. Les CC subsistent alors car leur intégration dans le secondaire est impossible, leur niveau étant trop faible. Les supprimer aurait susciter des protestations légitimes de toute une frange de la population et notamment de la part de la paysannerie que le régime de Vichy ne souhaitait pas mécontenter. Ainsi la concurrence du primaire supérieur ne disparaît-elle pas. Cette intégration des EPS va poser quelques problèmes. D’une part les profs du primaire supérieur ne connaissent pas le latin ou trop peu pour l’enseigner mais on est dans un collège moderne ; les enfants se passeront de l’étudier. D’autre part, les profs du primaire supérieur ont un niveau insuffisant en langue, ce qui compromet l’ intégration de leurs élèves dans les sections M (moderne) de 2nde et 1ère que Carcopino avait conçu avec 2 LV obligatoires. On décide alors de créer une nouvelle section : la section philosophie-sciences en 1942 appelée également « sciences expérimentales ». Puis en 1952, on crée la section M’. L’objectif de cette intégration des EPS, s’il est au départ de stopper la concurrence entre primaire supérieur et secondaire (que certains dénoncent comme déloyale) va rapidement se transformer de manière voulue ou non en un objectif de conduire les enfants issus des EPS jusqu’au BAC. Le risque pour les familles que leurs enfants poursuivent des études longues devient minimal dès lors qu’ils peuvent rejoindre le marché du travail s’ils échouent à entrer en 2nde (il y aura toujours des débouchés professionnels). Maintenant, ces élèves du primaire supérieur peuvent prétendre à passer le diplôme du BAC. En 1946, 36000 candidats sont reçus à la 1ère partie du BAC, parmi eux 15300 appartiennent à la section M. En 1961, 77600 candidats seront admis à l’issue de la 1ère partie du BAC, 41900 proviendront des sections M et M’. Ce qui représente une augmentation de 175% quand l’effectif augmente « seulement » de 116%. Ainsi le secondaire accueille-t-il dans son cycle les élèves formés par son rival, la réforme qui voulait faire taire la concurrence du primaire supérieur l’a en fait considérablement développée :
La réforme tourne ainsi à l’avantage des enfants du peuple, la démocratisation est en marche mais on est encore bien loin de le soupçonner. Avant 1939, 3% des enfants d’ouvriers entrent en 6ème alors qu’ils sont 12% en 1945. Les CC sont bien plus démocratiques encore. En 1958/59, les enfants d’ouvriers représentent 19.4% des entrées en 6ème de lycée et 36.7% des entrées en CC. ANNEES 1960/70 : LA DEMOCRATISATION Cependant, on reste encore insatisfait du système éducatif mis en place. On ne perçoit pas encore les progrès des dernières réformes et l’on se focalise sur un indicateur : l’entrée en 6ème qui reste encore très marquée socialement. On veut DEMOCRATISER. Ce qui implique une nouvelle fois de faire des réformes, des changements et autres… Tout le monde en a conscience mais personne n’aborde les choses du même point de vue. On se situe alors au milieu des années 50. Les enseignants du secondaire ne veulent pas diminuer la qualité de leur enseignement, ils ne veulent pas inculquer une culture au rabais (sincèrement). De leur côté, les praticiens du primaire (qui connaissent bien les enfants du peuple) pensent que ce qui convient à la masse de la population n’est pas cette culture prestigieuse et intimidante mais un enseignement plus concret, plus proche des préoccupations des élèves, plus attentif à leurs débouchés professionnels (d’ailleurs, la croissance des effectifs des CC le confirme). En 1947, la commission LANGEVIN-WALLON pense que « l’enseignement doit se démocratiser moins par une sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la Nation ». Quel contenu pour un enseignement secondaire de masse ? Tout le débat est là mais n’a jamais été véritablement tranché. Ainsi, pourquoi après des années de gesticulations stériles, se met-on à agir ? Avec les prévisions du plan, on se rend compte que l’on va manquer de main d’œuvre qualifiée (notamment pénurie d’ingénieurs) dans les années à venir. On met alors en place la réforme BERTHOUIN en 1959 qui organise un cycle d’observation en 6ème et 5ème . Le 1er trimestre des sections M et classique est identique, la différenciation commençant au 2ème trimestre. La circulaire du 9 juin 1960 crée les groupes d’observation dispersés (GOD), rattachés surtout aux écoles primaires. Cette même année, les CC sont rebaptisés collèges d’enseignement général (CEG). L’augmentation de leurs effectifs est explosive. Ils passent de 474500 individus en 1959/60 à 789300 individus en 1963/64, soit une augmentation de 66% en 4 ans. Cependant, le cycle d’observation ne fonctionne pas bien car les établissements ne redistribuent pas les élèves en fonction de leurs mérites scolaires. Il n’y a pas d’orientation des élèves ; quand on commence en CEG ou en GOD, on termine son cycle en CEG ou en GOD ; les bons éléments ne sont pas orientés vers le secondaire ; la réforme Berthouin fonctionne mal. En 1963, est mise en place la réforme FOUCHET sous l’impulsion du Général de Gaulle. Réforme que l’on doit davantage au recteur Capelle (ancien recteur de l’académie de Nancy et surtout le boss de la direction générale de l’organisation et des programmes scolaires) qu’au Ministre lui-même. On peut donc d’ores et déjà dessiner deux clans : Fouchet et Pompidou d’un côté, Capelle, Narbonne et de Gaulle de l’autre. Cette réforme institue donc deux cycles :
Les deux cycles sont alors regroupés dans des établissements autonomes : les CEG et CES, les GOD sont alors transformés en CEG. La différence entre ces deux sortes de collège est que l’un assure une filière en plus, à savoir la filière classique (avec le latin). On modifie aussi les autres filières, en créant une filière moderne long, une filière moderne court et la filière 4. Ainsi la différence entre les CEG et les CES tend-elle déjà à s’estomper et l’on se rend compte qu’une architecture à 3 niveaux (écoles, collèges, lycées) est en train de se dessiner. Dans la volonté de Capelle et de de Gaulle, c’est déjà une sorte de collège unique qu’il faut mettre en place, cette division CEG/CES est en réalité une concession faite à Fouchet et Pompidou. Mais l’histoire est en marche… Entre 1960 et 1970, les lycées n’accueillent bientôt plus de 1er cycle du secondaire et voient fermer leurs petites classes. De leur côté, les EP perdent leurs classes de fin d’études. Une filière classique est ouverte dans les CEG vers 1970, ce qui permet à terme de transformer les CEG en CES. Après les évènements de mai 68, l’enseignement du latin est reporté en 4ème et la section classique disparaît ce qui achève de transformer les CEG en CES. Dans ce contexte, la réforme HABY du 11 juillet 1975 ne vient qu’entériner des évolutions déjà bien longues. Cette loi marque en fait l’achèvement de la lente évolution vers le collège unique.
POINTS POSITIFS : L’augmentation du taux de scolarisation à 14 ans qui passe de 68.4% en 1958/59 à 97.7% en 1984/85. Ce qui naturellement entraîne une augmentation du niveau moyen de formation. POINTS NEGATIFS : Tout d’abord l’ampleur de l’échec scolaire ; certains quittent le collège pour aller en lycée professionnel (ce qui tendrait à dénoter une mauvaise orientation ?) et surtout l’augmentation continue des redoublements. « Le collège réalise une scolarisation de masse par un enseignement uniforme : c’est un premier facteur d’échec, car il ne tient pas compte de la diversité concrète des élèves. En outre, cet enseignement uniforme est en porte à faux par rapport à leur clientèle effective. Il y a erreur sur le public et sur ses attentes : le collège a répondu par un enseignement uniforme et de type secondaire à une demande qui était de type supérieur. Il n’a pas fini de supporter les conséquences de cette méprise congénitale. » A. PROST. Ainsi l’orientation ne devient-elle qu’une sélection, le collège pouvant être comparé à une vaste gare de triage. La démocratisation n’est pas non plus au rendez-vous car à une élimination préalable faite à l’extérieur du système scolaire, on a substitué une élimination progressive réalisée à l’intérieur du système scolaire et par lui. Auparavant, les enfants d’ouvriers entraient peu nombreux en classe de 6ème au lycée mais étaient de plus en plus nombreux à le rejoindre après un passage par les CC. Au milieu des années 1980, tous les enfants d’ouvriers entrent en 6ème mais le nombre de ceux qui entrent en 2nde n’augmente plus… « Le collège achète ainsi par une fragilisation des individus une consolidation de la société. Avec le temps, la réforme qui se voulait démocratique et progressiste s’est révélée inégalitaire et conservatrice. » QUERELLES SUR LE COLLEGE UNIQUE : Dès les années 30, les thèmes sur l’école unique (et donc celui de la démocratisation) échauffent les esprits. Exemple :
En 1973, sont revues les procédures d’orientation à la fin du collège. C’est en classe de 3ème que l’on demande aux familles d’établir leurs vœux. Le conseil de classe émet alors un avis que la famille est en droit d’accepter ou de refuser ; si c’est le cas elle va en appel et devra cette fois-ci se soumettre à la décision du jury d’appel. Un élève a donc trois perspectives à l’issue du collège : passer dans la classe supérieure, redoubler (ce qui est un moindre mal), ou être orienté (ce qui est grave car il sera envoyé vers une formation qu’il n’aura pas choisie). A l’aune des résultats du collège, on se rend compte que la sélection s’intensifie durement, ce qui a pour conséquences :
LA SELECTION L’idée principale du Général de Gaulle quant à la politique qu’il faut conduire en matière d’éducation est celle d’une sélection démocratique. Il faut recruter les élites sur une base plus démocratique qu’elle ne l’était (d’où la mise en place progressive du collège unique) mais aussi sélectionner afin d’éviter la submersion du BAC et des facultés par des étudiants incapables de suivre avec profit des études aussi avancées (d’où son projet de sélection à l’entrée de l’université…). Ainsi en ce qui concerne le collège, nous avons vu plus haut que de Gaulle a su imposer et faire appliquer ses idées. Il en va autrement pour le douloureux problème de la sélection. De Gaulle a avec lui Capelle et Narbonne pour mener cette politique et contre lui Pompidou et Fouchet qui essaient tant qu’ils peuvent de freiner cette logique. Le Ministre de l’Education Nationale réussira à enrayer les velléités de réforme du Général de Gaulle concernant la sélection à l’entrée de l’Université jusqu’en avril 1968. Mais le 4 avril 1968, le conseil restreint présidé par de Gaulle finit par adopter le principe que des jurys d’établissement se prononceront sur l’accès à tel ou tel mode d’enseignement supérieur, la question d’un possible recours (qui n’a pas la faveur de de Gaulle étant réservée). A cette période, nous nous situons dans un nouveau gouvernement où Pompidou est toujours 1er Ministre, où Fouchet passe à l’intérieur et Peyrefitte à l’Education Nationale. Nous savons comment les évènements de 1968 vont faire voler en éclats tous ces projets. Mais pourquoi se produisent-ils ? La population universitaire explose entre 1960 et 1970 à un rythme de 10/15% par an. On passe de 214700 étudiants en 1960/61 à 625600 en 1969/70 ; ce qui nécessite d’employer davantage de professeurs. Ainsi l’administration devient-elle rapidement inefficace face au nombre d’étudiants. De plus, elle n’a pas été capable de digérer la réforme de Fouchet de 1966 concernant la réorganisation universitaire ; elle est donc complètement out… Les nouvelles filières mises en place dans cette réforme ne correspondent pas aux vœux des étudiants, ils sont déjà très critiques vis à vis des vieilles formes de pédagogie (notamment les cours magistraux), enfin ils sont remontés « à bloc » sur l’épineux sujet de la sélection. Ainsi, quand de Gaulle annonce ses intentions à partir du conseil restreint du 4 avril 1968, on peut dire « qu’il vient de craquer l’allumette dans la poudrière » et ce sont les évènements que l’on sait. LA RECONSTRUCTION DE L’UNIVERSITE Après « il est interdit d’interdire, sous les pavés la plage, la chienlit » et bien d’autres slogans encore ; il faut reconstruire l’Université. E. FAURE, Ministre de l’Education Nationale, en concertation avec différents représentants, aboutira à diverses mesures dont :
Une loi du 12 novembre 1968 redéfinit les statuts et le fonctionnement des Universités en créant de nouvelles formes de gestion : les UER qui sont administrées par des conseils élus et dirigées par un président lui-même élu par le conseil. Les étudiants participent assez massivement aux premières élections d’UER en février-mars 1969, ce qui assure le succès de la loi Faure, celle-ci ayant reçu l’aval du « peuple ». Ainsi l’année 1968 marque-t-elle la mort de l’Université du 20ème siècle (érigée par L. LIARD) et la naissance de l’université du 21ème siècle . La circulaire datée du 17 juin 1969 n’instaure pas réellement la gémination mais vient, comme bien souvent, entériner une situation de fait. Celle-ci a commencé à se généraliser vers 1962 et surtout en 1963 avec l’urbanisation rapide (fermeture des écoles de campagne, explosion des grands ensembles). Les écoles de filles ou de garçons sont transformées en écoles mixtes. « Il y a un siècle (Ecole de Ferry), on distinguait les sexes mais pas les âges, aujourd’hui, on distingue les âges mais pas les sexes. » Une substitution qui donne alors toute son acuité aux problèmes de l’échec scolaire. Suite à toutes ces réformes, on note pour les années 1960/70 :
On arrive à la fin des années 70 au schéma suivant : + ou - entre 6 et 11 ans ® EP ä + ou - entre 11 et 15 ans ® Collège â Lycée professionnel â CAP ä è ä + ou - entre 15 et 18 ans ® Lycée Lycée professionnel â BEP ANNEES 1980 Au début des années 1980, la demande d’éducation pour le lycée se ralentit. Le projet d’amener 80% d’une classe d’âge au niveau du BAC paraît alors ambitieux. C’est sous l’influence d’une étude du BIPE que J.P. CHEVENEMENT, alors ministre de l’Education Nationale décide d’annoncer une telle politique. L’étude en question anticipe pour les années 2000 un déclin massif des emplois industriels type CAP et une augmentation importante des emplois plus qualifiés. Le Ministre annonce alors ce chiffre car il devient nécessaire de pouvoir compter sur une main d’œuvre suffisamment qualifiée. Pour parvenir à ce résultat, il crée le BAC PRO, une nouvelle filière en espérant que l’essentiel de la croissance de la future demande d’études se reporterait vers ce type de BAC. L’affirmation de cet objectif de 80%, relayée alors par les média va provoquer un choc dans l’opinion publique et va faire augmenter brutalement la demande scolaire. Les parents interprètent en effet la déclaration comme une invitation (de plus, il existait déjà dans quelques régions des insuffisances quant aux places offertes en lycée ; les verrous administratifs sautent puisqu’il faut faire le plein de lycéens). Là où le bât blesse, c’est que la demande scolaire pour le lycée va s’effectuer au profit essentiel des filières générales et non vers les BAC PRO. Dans le même temps, les 4ème et les 3ème qui préparent le CAP (remplacées par les 4ème et 3ème technologiques) peuvent désormais déboucher sur un second cycle. L’afflux d’étudiants qui se dirige vers les lycées est rapidement trop important. Il a surtout été mal préparé car pas anticipé. En 1984, le taux de croissance des élèves entrant en 2nde est de 1.6%, de 4.1% en 1985 et de 7% en 1987. Ainsi 320000 élèves supplémentaires sont accueillis en 4 ans (de 1985 à 1989). Il s’agit là d’un véritable mouvement social et non d’un effet de la démographie. Dans les années 1985/86, on est en pleine période de crise économique et les grands modèles de l’époque sont Thatcher et Reagan. L’air du temps n’est donc pas au développement du budget de l’Etat. La politique d’austérité en France est déclenchée en 1983 sous Mauroy, Chirac l’amplifie en 1986. Cette politique rend donc très difficile l’application des 80%. MONORY qui est alors Ministre de l’Education Nationale voit son budget réduit de 5.7% en 1987 par rapport à 1984 (en FF constants). Il est vrai que les lois de décentralisation de 1985 confèrent aux conseils régionaux le soin de construire et d’entretenir les lycées. Mais il leur faut du temps pour détenir une certaine expérience dans la gestion des établissements scolaires ; de plus la construction d’un bâtiment demande beaucoup de temps : construire un budget, le faire voter, et construire l’immeuble suppose au moins deux années. Les élèves sont pourtant là (1/4 en plus) et il faut les accueillir (avec quelques milliards en moins). On va donc prendre une série de mesures :
En ce qui concerne les lycées professionnels, la création du BAC PRO constitue un véritable bouleversement. Ceux-ci préparaient auparavant les élèves à obtenir le CAP en trois années après une orientation à l’issue de la classe de 5ème du collège mais également à obtenir le BEP en 2 années à partir de la 2nde. En 1980, on compte 435000 élèves préparant le CAP et 320000 élèves préparant le BEP. Le BAC PRO va venir déplacer le centre de gravité des LP, d’une part parce que la finalité professionnelle des CAP-BEP est mise en doute (à juste titre) par les élèves, d’autre part parce que les moyens financiers et humains des LP sont restés constants. Ainsi, les CAP tendent-ils à disparaître aujourd’hui, le BEP ne représentant plus qu’une étape dans la vie des élèves vers le BAC PRO (qui lui-même aujourd’hui s’avère déjà bien mince pour trouver un emploi). |
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