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>>Fiche rédigée par Sabrina.IMMIGRATION ET INTEGRATION, 1999 Jean-Pierre OBIN Annette OBIN-COULON Jean-Pierre Obin est inspecteur général de l’Education Nationale. Annette Obin-Coulon est responsable de formation à l’Institut national de la jeunesse et de l’Education populaire. Le but du livre est de réfléchir sur le « problème de l’immigration » en France en cette fin de siècle. 1 - LES MOTS POUR LE DIRE Le mot « intégration » n’a pas toujours désigné (comme aujourd’hui) le sort des populations immigrées. Son usage est restreint à l’intégration en France des populations issues de l’immigration. Les immigrés sont des personnes résidant en France nées à l’étranger de parents non français. Ce qui exclut les français nés à l’étranger et les étrangers nés en France. Une partie des immigrés est donc de nationalité étrangère et une autre de nationalité française obtenue par naturalisation. L’intégration regroupe plusieurs projets politiques et aussi une série de processus : Assimilation : composante culturelle « L’assimilation tendrait donc à désigner les processus de perte des caractères culturels distincts d’une population immigrée, ou bien soumise à une invasion, à une colonisation ou à une influence culturelle » . L’assimilation est un processus irréversible. Insertion : composante sociale « Métaphoriquement, il désigne l’introduction d’un objet particulier, qui conserve son identité et ses caractéristiques tout en contribuant à la cohérence, au sens, voire à l’harmonie d’un ensemble. » L’insertion implique une désinsertion possible, une réversibilité du processus. Intégration : composante politique Integrare (latin), désigne à la fois renouveler et rendre entier, faire entrer une partie dans un tout. En sciences sociales, ce terme renvoie tant à la cohésion d’un groupe ou d’un système social qu’au rapport qu’entretiennent les individus avec lui. Il s’oppose à la ségrégation. L’intégration introduit l’idée de réflexivité, d’interaction dans l’accueil : l’individu intégré n’est plus le même mais le groupe intégrateur a changé aussi. « Serait intégré un individu qui, d’une part, serait français, bénéficiant de tous les droits et accomplissant l’ensemble des obligations liées à la citoyenneté, et, d’autre part, se sentirait pleinement et se revendiquerait français. » Identification : composante personnelle Selon le sociologue Abdelmalek Sayad, « l’intégration est un processus lent, douloureux, conflictuel, qui se joue au niveau de chaque individu. » C’est à travers les identifications à un leader, une personnalité charismatique ou une figure emblématique que le processus a lieu. C’est à travers les phénomènes projectifs que fonctionnent la musique ou le sport chez les jeunes issus de l’immigration. Les mêmes processus psychologiques peuvent jouer en sens contraire dès lors que les figures d’identification sont elles-mêmes dans une logique d’exclusion, de marginalisation ou d’autodestruction. 2 - DES QUESTIONS VIVES La question de l’immigration est une des grande préoccupation des français et n’est qu’un aspect de questions plus vastes. Faut-il des immigrés ? Pourquoi organiser ou tolérer l’immigration ? « Ainsi pour des raisons économiques, juridiques, morales et historiques, la France devrait prendre le parti de l’intégration des immigrés et de leurs enfants, puisqu’il apparaît à la fois comme celui du développement économique de la raison, de la sagesse, du cœur et même de la tradition . » Toutes les institutions ne sont pas autant intégratrices. « Pour l’Etat, intégrer c’est intégrer à la nation française, c’est rendre effectif l’exercice de droits et d’obligations identiques pour tous les citoyens, enfants d’immigrés ou non, c’est combattre aussi les attitudes ségrégatives comme le racisme à l’embauche. » Des actions culturelles et sociales sont mises en place pour favoriser l’intégration. Elles ont accès sur l’apprentissage de la langue française, accès à l’emploi et insertion sociale. Les français ont un désir fort que les immigrés soient comme eux. Laquelle de ces violences est la plus forte : quitter son pays ou renoncer à sa culture ? L’éducation scolaire au lieu de former de jeunes français, ne devrait-elle pas former tout simplement des hommes, des hommes universels et citoyens du monde, puisqu’elle joue un rôle si important dans l’acculturation ? 3 - DES LECTURES DIVERGENTES DE LA SOCIETE Au départ, le social désignait l’action publique sur la société puis, ses bénéficiaires. C’est pourquoi certains sociologues utilise le néologisme « sociétal » pour nommer ce qui est relatif à la société. Deux modèles d’intégration s’affrontent en France : le modèle « républicain » Les différences sont une affaire privée. L’Etat laïque assure l’égalité des droits et des obligations entre les citoyens présumés identiques ou des résidents étrangers établis légalement. Il existe une distinction entre les inégalités socio-économiques (reconnues dans le champ politique) et des distinctions culturelles qui en sont rejetées. le modèle démocrate Dans la tradition « républicaine » du XIXème siècle, la culture est ce qui unit, la position sociale ce qui distingue et oppose. Pour cela, les réformateurs républicains de la 3ème République cherchent à imposer une conception idéologique unifiée autour des valeurs universalistes de la nation. L’opposition principale entre les modèles « républicains » et « démocrates » se situe dans l’ouverture à la société du champ politique. Dans la version « démocrates », laisser la place, sans arrière penser à la libre expression publique des différences culturelles (foulard...) Eviter l’enfermement de l’intégrisme. Dans la version « républicains » aucun signe de religion ne doit être visible. N’est-ce pas pour défendre des intérêts particuliers alors qu’ils prétendent qu’il s’agit de défendre l’intérêt général ? Ce modèle a montré ses limites mais aussi ses preuves. L’école égalitaire et universelle telle que le suppose les républicains n’a jamais existé. Elle n’est pas égalitaire car son efficacité est fondée sur une féroce sélection sociale et qu’il existe deux ordres d’enseignement (le primaire et le secondaire). On peut s’interroger sur son efficacité d’intégration. La seule chose, c’est l’existence de règles communes. Pour les libéraux, la régulation sociale s’opère par le biais essentiel des libertés et des intérêts individuels, et donc des lois de l’économie. Les domaines privés sont séparés des domaines publics : l’Etat ne se préoccupe pas de la famille, de la religion, des traditions culturelles ; il est réduit à la monnaie, la diplomatie et la défense, la police et la justice. Dans cette conception, l’immigration n’est pas un problème mais un mécanisme de régulation économique. Les migrants contribuent à abaisser les coûts de production des pays développés, tout en soulageant les régions sous-développées d’une part de leur fardeau démographique. L’éducation est une affaire privée. Les familles s’associent librement pour ouvrir des écoles. « L’intégration des populations issues de l’immigration se réduit alors à leur insertion sociale, facilitée par le libre jeu du marché de l’emploi, lui-même mondialisé. » L’extrême droite a pour base une conception d’une société « épurée », fermée sur elle- même, d’inégalités naturelles ou culturelles formant le substrat de nécessaires ségrégations. le courant néo-nazi : il met en avant l’idée de race et cherche dans une ascendance communes les fondements d’une pureté originelle est donc d’une souhaitable épuration. le courant intégriste : il s’est constitué autour de l’idée d’un retour à l’unité religieuse de l’occident chrétien. le courant néo-fascite : c’est le courant le plus important. Il développe l’idée d’un nationalisme mythique. Il a une vision « ethnique » de la nation. C’est la transposition dans notre pays de la conception allemande de la nation. Ils ont tous une idée commune, celle d’exclusion mais ne sont pas d’accord sur les personnes qu’il faut exclure. Comment opérer cette exclusion ? Physique ou sociale ? Officiellement, cette exclusion est d’ordre physique. Cette exclusion serait destructrice, tant pour l’économie que pour la paix civile et les relations extérieures de la France. La ségrégation, l’exclusion sociale semble un projet plus réaliste et présentant des avantages. Le projet de l’extrême droite est donc l’inverse de l’intégration : c’est l’apartheid, le développement séparé. L’exclusion sociale est en route, elle tend à perpétuer les inégalités, à les sédimenter et à les concentrer sur des groupes et des territoires, elle s’alimente des préjugés xénophobes et racistes et les alimente en retour par ses effets de stigmatisation. 4 - LES AMBIGUITES DE LA CUTURE Le mot culture dérive du latin colere qui signifie cultiver, mais aussi demeurer, prendre soin, entretenir. La question de la culture joue un rôle central dans l’intégration des populations issues de l’immigration. Voici l’étude de quatre sens du mot culture qui marquent le discours sur l’intégration : le travail d’humanisation Il désigne l’activité interminable d’acquisition de notre héritage humain : fréquentation d’un héritage collectif qui entraîne une transformation de l’âme, de l’esprit ; les exercices intellectuels qui développent l’esprit, le sens critique, le goût et le jugement. l’enjeu de distinction Le terme de culture se met à désigner à la fin du XIXè siècle par glissement de sens, un idéal académique de raffinement. Cette distinction va devenir le signe de l’accès symbolique à une aristocratie de l’esprit qui renforce et parfois concurrence l’aristocratie sociale. La culture devient un enjeu social. combat pour la reconnaissance symbolique par la culture. Certains penseurs du courant romantique allemand développent autour du thème du Volkgeist (l’esprit du peuple) les idées de retour aux racines et à la tradition. C’est dans les traditions que l’homme trouve son meilleur accomplissement. Ce courant s’oppose à la pensée des Lumières qui fait de l’arrachement aux traditions une tâche pour la raison humaine et pour l’histoire. « Par culture, l’anthropologie désigne l’ensemble des modes de vie d’un peuple, l’héritage social que l’individu acquiert de son groupe. » L’anthropologie permet de reconnaître l’humain dans toutes ses manières d’être. Tout mode de vie en commun est une forme de civilisation , chaque culture est une manière unique et irremplaçable de vivre l’humanité. Il n’y a pas de découpage et de hiérarchisation de l’héritage (pas de « sauvages », ni de « civilisés »). Derrière la diversité de sens coexiste deux grandes conceptions de la culture : la culture d’imprégnation (=origine) Les premières expériences (façon d’entrer en contact, d’être touché...) qu’un être humain a du monde contribuent à créer ce que le sociologue, Edouard Hall, appelle la « culture cachée ». L’individu s’imprégnerait d’une sensibilité venant de la famille, des proches mais il ne faudrait pas les surestimer en les naturalisant. la culture d’acquisition C’est la transmission délibérée et volontaire de l’héritage culturel par inculcation par les anciens. Cela renvoie à l’accès à l’universel, volonté consciente de se cultiver, d’apprendre , de communiquer avec tous les hommes. Au niveau collectif, cette option implique l’idée d’un contrat social passé entre les individus libres et égaux auxquels on suppose la capacité de faire des choix raisonnés. Il faut dépasser l’opposition entre culture d’imprégnation et culture d’acquisition. Il faut distinguer et articuler ces deux notions pour pouvoir concevoir l’intégration des populations issues de l’immigration. 5 - LES NATIONS DEPASSEES ? L’idée de nation s’est fondée au Moyen-Age sur la reconnaissance d’une origine commune à un groupe humain. Deux conceptions de la nation coexistent de nos jours, l’une et l’autre sont fortement marquées par la place de la culture dans leur constitution : la nation contrat L’identité nationale repose sur un choix d’individus, elle est subordonnée à une intention de vivre ensemble, de s’organiser, d’avoir des lois et une pensée communes. Elle n’est pas un fait naturel, culturel ou social, mais bien politique. C’est l’adhésion à un projet commun qui est le fondement de la nation. Le volontarisme de ce modèle peut être critiqué : le plus souvent on est français simplement parce qu’on naît de parents français et non parce qu’on exprime la volonté. la nation organique L’Allemagne romantique élabore une conception organiciste de la nation, fondée sur l’idée de communauté d’un peuple originel, issu d’une même ascendance, partageant la même culture, le même passé. Cette conception fonde l’organisation politique, et en particulier l’Etat, sur les liens sociaux, perçus ou conçus comme naturels, qui se sont construits au fil du temps. La cohésion sociale repose sur un sentiment partagée d’appartenance à un même culture d’origine, de proximité culturelle. L’existence de la nation suppose donc la préexistence d’une culture commune, qui serait susceptible de garantir l’investissement de tous dans la survie de la communauté. Va t’on vers le dépérissement de la nation et donc vers l’émergences d’identités post-nationales ? Trois options, selon Jean-Marc Ferry, peuvent être envisagées : « traditionaliste », consiste à dégager une unité culturelle européenne sur l’idée d’une ancienne fondation spirituelle commune « moderniste », cherche à construire un espace culturel homogène en s’appuyant sur de nouvelles technologies point commun : garder comme horizon le couplage du culturel et du politique qui fonde l’idée de nation. disjoindre la dimension culturelle de la dimension politique. 6 - LE MONDE COMMUN FAIT L’HUMAIN Ce qu’il y a de « naturel » en l’homme ne le distingue nullement des autres animaux. Seul le monde qui nous entoure nous confère notre humanité. Nous ne donnons pas seulement la vie à nos enfants mais aussi nous les mettons au monde. C’est là notre condition. Pour Hannah Arendt, « le monde commun » est constitué de ce que nous avons en commun avec nos contemporains, mais aussi avec ceux qui sont passés et ceux qui viendront après nous. Comment concevoir l’éducation, élever un enfant, le faire grandir, entre la particularité de ces enracinements et un héritage humain mis en commun par-delà des frontières de langues, du temps, des classes et des castes ? Aussi loin que l’on remonte, il n’y a pas de vie humaine sans règles. Lévi Strauss a montré que la vie sociale des hommes nécessitait un interdit fondateur, celui de l’inceste. C’est la première règle instaurant le lien social et organisant la vie commune. Quelque soit les sociétés on retrouve cet interdit. La création d’un monde commun est spécifique à l’espèce humaine. Les normes sociales et morales ont pour conséquence de faire dépendre la vie collective chez les hommes d’un contrat implicite. Les hommes ont besoin de « forces d’ordre » pour faire respecter des comportements. Pour assurer sa vie et sa pérennité, une société a besoin de développer davantage que des interdits et des règles : des lois, des institutions, organisation politique... La vie commune est modérée par un effort de régulation par lequel les hommes cherchent à organiser un fonctionnement collectif. Le monde commun s’appuie également sur la production de biens matériels. L’homme produit ces biens par le travail c’est-à-dire par une activité qui transforme la nature. La production d’outils et d’armes est un tournant décisif de l’accès à l’humanité. Grâce à son travail, l’homme participe à la fabrication d’un monde qu’il veille à transmettre. Aucune culture n’enferme l’universel humain, mais chacune dessine à sa manière un accès, un passage, dont l’emprunt représente toujours un effort d’humanisation. Ce travail d’humanisation nécessite d’avoir accès à la culture, et ne pas être limité aux seules traces de l’imprégnation d’une origine. Pour Amadou Hampaté Bâ, la culture s’acquiert dans la durée. Or, les populations d’immigrées n’ont pas eu le plus souvent accès à la richesse de leur culture d’origine. Renvoyer des groupes en difficulté d’intégration à leur « culture d’origine » revient donc à les laisser face à la violence d’une dépossession : celle de leur propre tradition. 7 - UNE ECOLE DANS L’INDESICION L’école française « républicaine » possède une efficacité indéniable. Elle s’est « démocratisée » et aussi « libéralisée » en permettant au jeu de l’offre et de la demande scolaire de s’exercer plus librement. Dans l’école républicaine, il n’y a pas de place pour les différences. Ce modèle souffre d’un certain idéalisme, de beaucoup de volontarisme et d’une certaine rigidité, voire de dogmatisme. Le principal caractère de l’école démocratique était de reposer sur un principe de sélection sociale par la naissance. Afin de ne pas voir dans les banlieues des « classes coloniales », il faudrait doter les établissements d’une autonomie renforcée et d’une capacité réelle de négociation entre parents et enseignants. Ces deux modèles scolaires fonctionnent comme des projets politique concurrencé par le modèle libérale et un projet d’extrême droite. L’école libérale est en marche étant donné l’augmentation des phénomènes de différenciation et de concurrence entre les établissements et surtout, les stratégies de plus en plus élaborées des familles qui parviennent à contourner la réglementation scolaire. Trois grands paramètres socioculturels jouent dans les mécanismes de production d’inégalités scolaire : l’origine sociale de l’enfant l’inscription géographique de sa scolarité son sexe. L’école est l’instrument de ces inégalités. Aussi s’ajoutent l’effet-maître, l’effet-établissement et également les processus d’orientation par rapport aux mécanismes socioculturels. On observe des disparités dans la répartition et la gestion des fonds publics. L’école d’aujourd’hui est soumise à trois exigences irréductibles : tenir la référence à un patrimoine diffuser une culture ouverte sur des influences extérieures, sur des autres civilisations être en contact avec une culture vivante, au contact des créateurs. CONCLUSION L’ouvrage pose deux grands types d’interrogation : le premier est de nature politique et porte sur la société et les conditions de sa cohésion le second est de nature moral et porte directement sur la place des immigrés et leurs enfants dans la société et, notre attitude envers eux. |
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