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>>séance7Sociologie de l’école Séance 7 Education et surveillance Mots-clés : CPE, discipline, éducation, médiation, violence 1. La discipline, version contemporaine « Il apparaît opportun -et certains établissements l’ont déjà expérimenté- de mettre en place des formules souples, alternatives au conseil de discipline, notamment dans le cas d’attitudes et de conduites perturbatrices répétitives d’élèves qui manifestent ainsi une incompréhension, parfois un rejet des règles collectives. Ces modalités d’intervention alternatives à la procédure disciplinaire peuvent se révéler efficaces, à deux conditions : elles ne constituent en aucun cas une mesure substitutive à l’application d’une sanction indispensable dans le cas d’une faute particulièrement lourde ; elles n’excluent pas le recours, en cas d’échec toujours possible, à la convocation du conseil de discipline. Elles doivent être inscrites dans le règlement intérieur. Elles peuvent, par exemple, se traduire par l’instauration d’une commission dont la composition et le rôle sont précisés par le règlement intérieur. Celle-ci, présidée par le chef d’établissement qui en choisit les membres, est destinée à favoriser le dialogue avec l’élève et à faciliter l’adoption d’une mesure éducative personnalisée. La finalité de cette procédure est d’amener les élèves à s’interroger sur le sens de leur conduite, de leur faire prendre conscience des conséquences de leurs actes pour eux-mêmes et autrui et de leur donner les moyens de mieux appréhender le sens des règles qui régissent le fonctionnement de l’établissement. La nature des mesures que cette commission peut proposer implique l’engagement personnel de l’élève à l’égard de lui-même comme à l’égard d’autrui de participer positivement à la vie de la communauté scolaire » Alain Boissinot, directeur des lycées et collèges, B.O. n°14, 3 avril 1997. 2 Confiance et réputation : deux formes de stabilisation des situations "Les CPE refusent la réduction de leur mission au maintien de l’ordre. Or la difficulté croissante dans beaucoup d’établissements de la fonction enseignante laisse quelques professeurs désemparés. Et ce sont ces quelques uns là qui regrettent le temps béni des "surgés" qui passaient régulièrement cueillir les élèves dont ils s’étaient débarrassés. ce qui fait conflit est l’acte de décharge à sens unique. s’il respecte les règles de sécurité, un professeur ne sort pas de son rôle lorsqu’il exclut un élève. Mais le CPE n’a pas le choix : il prend l’élève en charge. L’exclusion est par nature un acte de déséquilibre : l’enseignement allège sa charge et le CPE voit la sienne s’accroître : c’est le fondement logique de la querelle." "Le débat oppose une profession bien repérée à un métier dont les repères sont à géométrie variable. Un professeur conserve en effet trois repères forts : la classe, la discipline enseignée et le programme de chaque niveau. Si bousculé qu’il soit par la nouvelle donne de l’éducation, il est rarement tout à fait livré à lui-même.(...) En face de lui, le CPE n’a pour guide de son action qu’un texte ouvert, qui certes éclaire sa pratique professionnelle globale, mais le laisse à ses propres ressources pour résoudre ses difficultés. C.Caré Les Conseillers principaux d’éducation rapport de l’Inspection Générale, 1992 (extraits) « -MD : Quelquefois je me remets en cause, je me dis : si j’avais été plus ferme, plus sévère, peut-être qu’il aurait travaillé. C’est un peu mon problème. Il y a le côté travail, il ne faut pas l’oublier, il n’y a pas que le côté équilibre et machin... Il faut qu’ils travaillent, qu’ils donnent quelque chose ! S’il y a un contrôle par exemple et qu’un élève est absent ou triche, je lui dis quand il arrive : ah oui, tu étais absent, pourquoi ? Madame, j’avais mal à la tête. T’as plus mal à la tête aujourd’hui ? Viens me voir à 13 H, tu feras le contrôle que tu as séché hier soir. Ils ne recommencent pas trente-six fois. Il se dit : si elle me donne du travail le lendemain, autant que je sois là le jour du contrôle.
(Entretien avec une CPE de lycée professionnel, Groupe d’études sociologiques, INRP) 3 Exigences communautaires et maintien du lien social. « Dès la 6ème ça a commencé comme ça… d’abord, c’était un peu … un humour noir, ça commence par un humour noir, un ton ironique, ça commence par des rires ou un truc comme ça ou par des… on calcule pas ce qu’il dit mais ensuite, après on commence par devenir agressif… et ça après, quand on a commencé à faire ça depuis la 6ème, 5ème… 4ème, 3ème, c’est foutu… y’a même pas qu’on peut se calmer ou qu’on peut pas se calmer, une fois qu’on a commencé à rentrer dans cet engrenage, c’est fini… notre manière de penser, elle change tout de suite… ça devient automatique puisqu’on a commencé à avoir ce langage là envers un professeur… et c’est ça , c’est vraiment, vraiment, vraiment dur, il faut vraiment en avoir dedans pour se dire « stop », parce que c’est pas du tout facile de se dire « stop » d’un seul coup… Déjà à l’école primaire, j’avais déjà bien suivi… en 6ème, je suis rentré, y’avait pas de problème… 5ème, ça commençait un peu à… je commençais un peu à être en dessous des autres car ce qu’il disait le prof, je le retenais pas… je faisais que rigoler, je pouvais pas bien me concentrer sur ce qu’il disait le prof et après j’ai loupé des cours élémentaires, des cours vraiment, vraiment de base et je les ai loupés alors maintenant, j’ai plus les bases pour suivre… mais je pense pas encore que c’est noyé parce que j’essaie encore un peu de faire des efforts, j’essaie de faire encore un peu des devoirs à la maison, d’écouter un minimum quoi… et j’essaierai de m’en sortir avec ça… Dans ce processus là, de ce que je vous ai dit, c’est les parents que c’est le plus dur… parce que après… quand on commence à faire des bêtises… d’abord ça commence par des mots dans le carnet… on essaie de les camoufler, on les met dans le sac, on en parle pas à papa et maman…après ça commence par des téléphones, un coup de téléphone à la maison… ensuite, la mère elle vient, on dit c’est rien, c’est rien… c’est juste comme ça que j’ai parlé, je recommencerai plus… et ensuite à force… à force, à force que ça se multiplie les trucs comme ça, la mère, elle est… c’est pas qu’elle peut plus rien faire mais c’est tout comme… l’enfant il vient juste à l’école pour quoi ?… juste pour foute sa merde… les parents ils peuvent plus rien faire contre ça… un enfant qui veut pas comprendre, on va pas… on persiste quoi, mais on voit que ça commence à durer sur des années… je crois pas que… je me mets un peu à la place de ma mère… je ressens du regret mais c’est plus fort que moi… je ressens du regret envers ma mère mais c’est plus fort que moi… maintenant au stade où je suis arrivé en 3ème je peux plus supporter qu’un prof, il me parle mal car c’est un humain comme moi… et pourtant, je sais que le prof il veut m’apprendre quelque chose mais… c’est plus fort quoi… c’est la réplique obligée… et c’est ça qui me désole un peu c’est que j’ai trop pris de mauvaises habitudes… et quand on est parti avec ça pendant 4 ans… c’est pas demain qu’on va pouvoir… réussir à se calmer. » (Entretien avec Mano, élève de troisième de 15ans, Groupe d’études sociologique, INRP) « Mais moi au début c’est que comme en cinquième, cinquième j’ai fait la con. J’avais un peu …alors ils m’ont dit ’t’as un bon niveau, t’iras en quatrième d’aide et de soutien et si ça continue, si t’as un bon niveau, on te renvoie en troisième normale’. Je voulais pas aller en troisième d’insertion. Puis deux profs qui m’ont incité à le faire… j’ai dit ’c’est pour mon bien’. Et je me suis inscrite en quatrième AS… j’ai été en troisième d’insertion et j’ai de bonnes notes, je travaille bien et ils m’ont pas changée. Je suis carrément en troisième d’insertion. Et à la fin de l’année j’ai rien. Franchement il fallait pas me mentir au départ. Franchement, ils ont pas été honnêtes avec moi, ils n’ont pas été honnêtes. Ils m’ont montré des chimères, quelque chose que j’aurais jamais. Comme là, à la fin de l’année, j’ai 17 ans moi… qu’est-ce que je vais faire, ils me disent oui tu auras ça…malgré que j’ai fait tous mes stages et j’ai qu’une absence je viens aux cours tous les jours… je vais avoir quoi à la fin de l’année ? je pourrai plus rien faire… la plupart des élèves qui sont en troisième d’insertion, je les connais… ils font plus rien là… on peut pas dire que la troisième d’insertion ça débouche et qu’on ira… qu’on aura un patron…admettons un patron, il vous prend… il vous reprendra pas deux ans encore hein … c’est pas vrai ça… c’est les profs qui le disent… eux ils sont dans leur bureau ils ont leur travail… j’aurais préféré si j’aurais su que c’était comme ça… j’aurais préféré redoubler et pas passer en troisième d’insertion. Parce qu’on m’a menti et maintenant qu’à chaque fois ils m’énervent quand ils disent « oui, vous travaillez pas » parce que moi je travaille, je fais attention aux profs, moi je viens tous les jours… c’est pas pour rien. En plus, je tiens à le dire, franchement, ils nous ont trop fait miroiter les sous. Parce qu’à un moment, on ne parlait plus que de salaire. Oui, voilà la première année vous allez gagner 1500, la deuxième 2500 et vous augmentez. Et les jeunes de ma classe les sous ils pensent déjà combien de shit ils vont acheter. Ils sont trop immatures dans ma classe : ’oh, ouais, c’est méchant !’ Personne est payé et on sera jamais payé. Au chômage ! Vous voyez le conseiller d’orientation, vous crisez. Je sais que c’est pas de sa faute mais des fois j’ai envie de le frapper." (Entretien avec une élève de troisième d’insertion, Groupe d’études sociologiques, INRP) 4 Prévenir la violence scolaire : un travail de mobilisation au quotidien Le CPE interrogé est en poste dans un collège situé dans un quartier défavorisé, périphérique d’une grande ville. Un travail collectif intensif y est mené qui permet d’éviter les gros problèmes et de construire un climat de travail assez favorable. Le collège a été marqué par les 13 ans de direction de M. Lambert, initiateur de nombreux projets innovants, mais qui a quitté le collège l’année précédente. « - CPE : Donc avant, on avait un système, notamment au niveau de l’équipe enseignante, où le professeur travaille pratiquement seul dans sa classe, les seules concertations concernent le conseils de classe et les concertations informelles. Bon, maintenant, il y a quand même un travail en projet, y a quand même des équipes. Ca change complètement l’approche. Ce qui marche, c’est quand on fait des actions qui sont intégrées, qui sont liées avec le programme et qui font partie de l’horaire.
Quand les gens se rencontrent souvent, ils échangent leurs problèmes, ce n’est pas parce qu’ils échangent qu’ils vont les régler, mais par rapport à une classe il va y avoir une équipe d’enseignants. Dans le système traditionnel qu’on a connu avant, le professeur se retrouvait seul devant la classe. En conseil de classe, ici , vous avez des établissements où des collègues disent : "Moi, je ne comprends pas que tu aies des problèmes, moi je n’en ai pas". Et c’est dit devant les élèves et devant les parent , cela isole encore plus l’enseignant. Eh bien ici , cela ne se produit pas. Il y a une solidarité au niveau de l’équipe qui s’occupe de la classe.
(Entretien avec un CPE de collège, Groupe d’études sociologiques, INRP) |
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